Il y eut un temps où quand on partait pour les grandes vacances, il n'y avait pas tellement à se soucier de ce qui pouvait se passer au bureau : le plus souvent, il était fermé pour cause de congés payés et les notes de services dactylographiées par des pools de dactylos elles aussi en vacances, attendraient sagement le retour de leur destinataire au début du mois suivant.
Aujourd'hui il est de plus en plus difficile de déconnecter l'été : les entreprises restent le plus souvent ouvertes et les merveilleux outils nomades mis à notre disposition nous permettent d'emmener notre bureau tout entier dans la poche du maillot de bain et d'interagir avec le monde en surveillant d'un oeil distrait la construction du château de sable du petit dernier.
Quelques astuces simples peuvent néanmoins faciliter une nécessaire déconnection estivale : se faire envoyer par son prestataire préféré une énorme pièce jointe la veille du départ, oublier le chargeur de son blackberry, ou renvoyer fixe et portable sur le fax du service et invoquer à son retour un bug de l'informatique.
A moins que la méthode la plus efficace pour déconnecter soit justement de rester au bureau au mois d'août : on n'y porte plus de cravate, on y reçoit très peu de mails (le plus souvent des messages d'absences) et à l'heure du déjeuner il y a moins d'attente au restaurant d'entreprise qu'au self de n'importe quel club de vacances à la même période.

Je suis toujours intrigué de ces réactions parfois étonnantes que peut avoir le corps humain dans certaines circonstances. Cette veine qui bat au coin de l'œil sans que l'on sache forcément pourquoi, ces yeux qui se mettent à couler au milieu d'un fou rire. A chaque fois je me demande ce qui se passe et je m'interroge sur la nature du court-circuit interne qui à mené à cette manifestation incongrue. L'une des plus étonnantes est certainement la chair de poule. Hier en rentrant du travail j'ai été saisi par ce phénomène suite à l'action conjuguée d'une température inférieure aux normales saisonnière et de l'écoute fortuite d'une chanson sublime. En traversant l'avenue, je n'ai pas pu m'empêcher de m'interroger sur ce qu'aurait été la réaction d'un poulet dans pareilles circonstances.
Je discutais l'autre jour avec un collègue fraîchement débarqué à Paris après une vie en province qui m'avouait qu'il trouvait effrayant de se voir adopter des comportements dont il avait jadis coutume de se moquer. Parmi eux se mettre à courir après des trains ou calculer son heure de départ du bureau dans le but d'optimiser la chaîne de correspondances menant à son domicile.
Un réveil si tôt que le chat ne sait pas s'il faut demander des croquettes / quelques rares passants titubants et avinés qui déambulent dans les rues désertes à la recherche d'un impossible nouvel endroit où étancher leur soif / des travelos à talon cassé qui fendent l'avenue de Clichy d'une démarche précipitée et maladroite / repérer dans la nuit les marques de craie qui délimitent l'emplacement où l'on va pouvoir à la hâte décharger une voiture vraiment très mal garée / faire face à l'assaut matinal des "professionnels", ils sont le plus souvent en couple, elle est blonde, grosse et moche, lui a la cinquantaine, les cheveux gris et la chemise ouverte sur un gros bide. Ils vous menacent de leur lampe de poche, ils sont désagréables, ils fouillent dans vos caisses, vous engueulent car vous ne vendez pas les bons livres, ou que vous ne les déchargez pas assez vite / des mamies levées très tôt qui achèteront une vieille bouteille d'eau de cologne entamée / un blouson ami pour se protéger du froid / une boulangère à peine réveillée qui par opportunisme à décidé d'ouvrir beaucoup plus tôt que d'habitude / des gens vraiment gentils marchandant pour la forme une babiole inutile / voir passer un visage connu du quartier et discuter de tout et de rien / des voisins expansionnistes anschlussant très surs d'eux près d'un demi mètre de trottoir / une dame à la recherche d'obus de la guerre de 14 pour son beau frère qui les collectionne / des freaks édentés sortis d'on ne sait où / un monsieur un peu timide qui achètera finalement une vieille perruque blonde platine / des enfants qui vendent des jouets kinder après les avoir vernis, finançant ainsi un achat massif de bonbons / des râleurs qui trouvent tout trop chers / une boite en métal ayant jadis servi à transporter une bobine de film 35 mm qui fera un parfait moule à tarte / des passants à l'allure improbable qu'on avait jamais vu dans le quartier / un stock de trousses Air France ayant échappé de justesse à la poubelle après un séjour de plusieurs années à la cave qui de façon surprenante a parfois intéressé "je vais vous en prendre deux car il y a masque pour dormir à l'intérieur et c'est très pratique quand on va dormir chez des gens" , parfois surpris : "oh il y a une paire de chaussette à l'intérieur ça alors", et même parfois révolté "ces petites trousses c'est pour ces salauds de nantis qui non content d'avoir le privilège de voyager aux frais de la princesse en business class et de s'y empifrer de foie gras en veux tu en voilà éprouvent le besoin de le faire savoir en pavanant avec leur petite trousse de merde" / un casse croûte englouti à la hâte dix fois interrompu par une vente / des objets d'une rare laideur qui trouveront preneur pour quelques euros alors même qu'on avait même pas osé mettre à la poubelle de peur de donner la nausée aux éboueurs / des regards inquiets qui vous questionnent pour savoir si cette cafetière vendu 7 euros est vraiment en état de marche et qui repasseront vous voir dans l'après midi pour vous confirmer qu'elle fonctionne correctement et que vous n'êtes finalement pas un voleur / des histoires inventées autour de certains objets car tout le monde vous le dira un objet sans intérêt se vend toujours mieux s'il a une histoire / baisser tous les prix parce que la fin de l'après midi approche / voir revenir cette dame qui n'a semble t'il toujours pas trouvé d'obus de la guerre de 14 / ranger ces objets qui n'ont pas trouvé preneur et les informer qu'ils vont passer un an à la cave avant d'avoir une nouvelle chance l'année prochaine / recharger à la hâte une voiture toujours mal garée / se retrouver plus tard pour dîner, évaluer sa recette et évoquer ensemble ces objets étranges, ces gens bizarres ou sympathiques et penser déjà à ce que l'on pourra mettre en vente l'année prochaine.
Il arrive parfois que tombe sur vos épaules une responsabilité inattendue, pour laquelle vous ne vous étiez pas du tout préparé. C'est par exemple le cas au G20 quand la caissière au bout de la file d'attente dans laquelle vous vous trouvez décide de prendre sa pause et vous confie la lourde tâche d'en informer le reste du magasin. Le plus souvent on se livre à cette tâche avec un enthousiasme plutôt mesuré.
L'autre jour je me suis retrouvé dans un avion au fauteuil 9B. Dans cet avion, la lettre B était arrivée ex aequo avec la lettre E au concours de la lettre la moins confortable.
Il y a une règle d’or chez le traiteur chinois c’est que quand la somme des achats dépasse un montant que j’estime à 12 ou 13 euros on a droit à un cadeau, un petit supplément qui fidélise, rajouté en cachette dans le sac un peu à la manière de la vendeuse en parfumerie qui profite du moment d’inattention généré par la rangement de la carte bleue pour glisser dans le sac une ou deux mignonnettes de sent-bon supplémentaires.
Il y a quelques jours la communauté scientifique nous a gratifié d’une seconde supplémentaire.

