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16 mai 2006 2 16 /05 /mai /2006 20:05

A Paris, le samedi en début d’après midi est un moment idéal pour faire ses courses alimentaires. Je ne sais pas pourquoi mais jusqu'à quinze heures trente environ (mes relevés sont formels) il n’y a quasi personne et cette corvée que constitue les courses du samedi est presque supportable. Samedi dernier en début d’après midi, je me trouvais donc au G20 du marché des Batignolles. Tout était parfaitement calme et à peu près désert et une caissière solitaire attendait le client en se limant les ongles (c’est une image car je ne suis pas certain que les caissières du G20 de Batignolles soient autorisées à se limer les ongles en cas de baisse d’activité).

Quand il y a très peu de monde, il y a en général très peu de caissières et il suffit que deux ou trois personnes arrivent à la caisse au même moment pour créer un embouteillage à la caisse.

C’est exactement ce qui s’est passé samedi dernier. Alors que j’étais sagement en train de faire la queue (action qui consiste à ne rien faire à un endroit donné puis à ne rien faire à un endroit un tout petit peu à coté et ainsi de suite…) raisonne juste derrière la voix d’un type visiblement excédé qui grogne :

« Ils pourraient pas mettre plus de caissières ces enculés de patrons de mes couilles ? »

Cette phrase, prononcée à ce moment précis, est intéressante à deux titres. D’abord parce qu’elle dénonce haut et fort cette tendance  capitaliste à chercher la maximisation du profit en minimisant les coûts de personnel, ensuite car elle illustre un comportement humain toujours  étonnant : parler tout seul.

Il arrive assez fréquemment que l’homme utilise sa capacité à utiliser le langage (que beaucoup de primates nous envient) sans pour autant poursuivre le but de communiquer avec ses congénères.

Le plus souvent le phénomène se produit dans les situations d’inconfort ou pour exprimer un mécontentement  (comme dans l’exemple donné plus haut). Lorsque l'agacement est au plus haut il arrive que l'homme produise un soufflement qui n'a, lui non plus, aucune utilité physiologique....

Parfois aussi, l'homme parle tout seul pour se rassurer quand il a peur, pour se donner du courage avant une épreuve ou bien parce qu’il est en train d’étrenner son nouveau kit main libre blue tooth dans l’allée centrale du bus 31.

De façon surprenante, on a jamais observé un tigre, un panda ou même un dauphin parler tout seul. C’est sans doute parce qu’aucun de ces animaux ne s’est retrouvé dans l'unique file d’attente du G20 du marché des Batignolles un samedi après midi . A moins bien sur que ces conversations unilatérales animalières ne soient intervenues pendant la pause café des scientifiques qui se sont, à n’en pas douter, penchés sur le sujet, à l’aide de matériel onéreux acquis grâce à de généreuses subventions gouvernementales.

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commentaires

antoine 31/05/2006 21:46

J'ai lu une fois dans un livre qu'une pensée n'existait pas avant d'avoir été formulée : il faudrait soit l'écrire, soit la dire, soit la chanter  pour lui conférer une existence. Et donc, en vertu de cette théorie, je pense (et je le prouve en l'écrivant) que ce monsieur pensait. C'est rassurant de penser que c'est possible d'avoir des pensées dans une allée de supermarché (des Batignolles !). On peut ajouter qu'il est affecté par un complexe de supériorité : pourquoi les patrons sortiraient de ses couilles, il ne sort pas de la cuisse de Jupiter !J'ai une question sur le point rouge en haut à gauche au milieu du sahara mais je vais la mettre ailleurs.

BONNEAU Brice 17/05/2006 00:46

Quand à la personne qui râle toujours tout haut - chez moi elle dit en général un "oh la la comme c'est long d'attendre" - je crois qu'il s'agit là d'un mécanisme psycho-sociologique très interessant.
L'idée reposerait sur deux principes :
- le premier serait que "penser tout haut" est moins suspetible d'être perçu comme une agression qu'une remarquer directe à la personne concernée, on dit tout haut pour les gens autour, en espérant pouvoir se cacher dans le groupe, avec ce petit espoir que les autres vont à leur tour se mettre à râler
- l'appartenance à tout groupe sociale permet à chacun de ses membres de se sentir protégé par le groupe. De la même façon que les jeunes racailles n'en mènent pas large seuls alors qu'ils se la racontent en groupe ; notre râleur a tout interet à partager son mécontentement au groupe plutôt qu'a l'assumer comme revendication personnelle.
En conclusion, les gens n'ayant pas les couilles d'assumer leurs propos et de les exprimer directement aux personnes concernées, on en arrive à ce type de comportement, similaire à ceux qui klaxonnent dans une file de plusieurs voitures en se disant "il saura jamais que c'est moi".

BONNEAU Brice 17/05/2006 00:41

Tout ça me fait songer à ces vieilles filles parisiennes qui ruminent toutes seules, qui murmurent tout haut, qui se parlent à elles-même. Et je trouve ça génial, presque jouissif, de les fixer, de les observer construire ce monologue en véritable dialogue, ou les idées primitives obtiennent en réponse l'aboutissement d'une reflexion aussi sommaire qu'interessante.
Et puis soudain elles réalisent que quelqu'un les fixe, elles vous fixent, font une petite grimace - parce qu'elles savent les faire comme personnes - et retournent à leur monologue en vous tournant le dos.
Alors pour toutes ces petits vieilles célibataires qui parlent seules dans les rayons de mon Atac le samedi matin.
Merci :)

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