Boulot

Mercredi 21 juin 2006 3 21 /06 /Juin /2006 04:32

Le séminaire annuel est un évènement courant dans bon nombre d'entreprises multinationales.

Celui où je me trouve pour deux jours, a lieu dans une ville de chine paraît t’il très chouette (je dis paraît t’il car en général, et c’est assez frustrant, ce genre de manifestation laisse assez peu la place pour se faire des trucs fous, comme par exemple sortir de l’hôtel pour aller se promener). C’est curieux comme les salles de réunions se ressemblent, qu’on soit à New York, Saigon ou Hangzhou…

Le déroulement d'un séminaire est somme toute assez prévisible :

A l’aéroport il y a en général un type qui vous attend avec un petit panneau et votre nom dessus. Il vous sourit une fois que vous lui avez fait un signe qui confirme que vous êtes le type dont le nom est sur le panneau. Il parle deux mots d’anglais (good morning), il a une chouette voiture avec les vitres teintées et l’air conditionné dedans (c’est tant mieux car dehors il fait 38 degrés et 150% d’humidité). Il vous conduit gentiment à travers la ville jusqu'à votre hôtel pendant que votre corps s'etonne qu'il fasse grand jour alors qu'il est trois heure du matin à sa montre.

Une fois arrivé à l’hôtel, un autre type qui a suivi le même cours d’anglais (good morning) vous dépossède de votre valise. Ca m’a toujours un peu stressé le rapt de valise en arrivant à l’hôtel : on ne la voit plus jusqu'à ce que par miracle un spirou frappe à la porte de votre chambre et vous la rene sans même exiger une rançon autre qu'un léger pourboire. A cette minute là, je suis en général émerveillé. C’est vraiment une machine bien rodée le truc des valises dans les grands hôtels, je pense que le personnel est recruté pour ses capacités télépathes : vous ne voyez jamais le type de la reception parler avec le bagagiste et pourtant le bagagiste il retrouve votre chambre du premier coup.

Le séminaire proprement dit comporte un certain nombre de figures imposées : le discours du grand chef qui dit que les résultats sont pas mal qu'il faut se bouger davantage, les retardataires qui essaient de se faire le plus discrets possibles (ils sont arrivés la veille et ont eu du mal à se lever ce matin a cause de l’énorme biture qu’ils ont pris la veille). Et puis aussi les jolies présentations Powerpoint aux camemberts chamarés qui défilent toute la journée alors que l’on tente de lutter avec plus ou moins de succès contre le décalage horaire.

Le soir c’est dîner tous ensemble, le plus souvent suivi d’une séance de ce qu’il est convenu d’appeler la franche camaraderie après la travail (rien ne vaut une bonne cuite pour souder les équipes) pouvant prendre la forme au choix, d’un verre au bar de l’hôtel, d’un karaoké bien arrosé voire, pour certains, d’un petit tour aux putes avant de rentrer à l’hôtel.

Perso j’ai un peu de mal avec ce concept très asiatique qui consiste après une journée de travail à aller aux putes entre collègues pour se détendre. D’ailleurs en général à cette heure là je suis couché. Je souffre en effet de ce handicap congénital (que j'ai baptisé narcodécalepsie) qui fait qu’au dixième coup de vingt deux heures je tombe de fatigue, faiblesse décuplée par le décalage horaire.

La respiration d’après on se retrouve dans la voiture du type au panneau en route pour l’aéroport avant d’avoir eu le temps de dire ouf.
Mais au fait comment on dit ouf en chinois ?

Par Nanaimo - Publié dans : Boulot
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Vendredi 21 avril 2006 5 21 /04 /Avr /2006 10:18

La multinationale qui me possède à récemment fait le choix de rompre le contrat de la multinationale de restauration collective qui nous nourrissait pour nouer un nouveau contrat avec une autre multinationale de la restauration collective qui nous nourrit maintenant. Ce changement, sans doute motivé par une possible réduction des coûts sur ce poste finalement peu productif pour l’entreprise s’est traduit, comme c’est souvent le cas, par une baisse significative de la qualité et du niveau de service.

C’est ainsi que j’ai récemment eu l’occasion de manger les pommes noisettes les plus sèches, les plus fades, les plus froides, les plus moches de mon existence.

Une autre orientation impardonnable a été prise, celle de deréferencer la Danette au chocolat pour un ersatz de crème au chocolat de chez Mamie Nova, permettant sans doute par son prix de revient plus modique d’optimiser la marge dudit prestataire de restauration. Avec la disparition de la Danette au chocolat de la chaîne du self c’est peut être le seul moment de douceur voire d’extase de la journée (non le mot n’est pas trop fort, quiconque a goûté déjà à la Danette au chocolat pourra confirmer) qui est sacrifié sur l’autel de la rentabilité.

C’est pour dénoncer ces deux scandales que m’a traversé l’idée de remplir le cahier de suggestion.

La lecture du cahier de suggestion a toujours été pour moi un moment délicieux. Certaines signatures reviennent presque à chaque page. Ce sont les habitués du cahier, ceux qui chaque jour claqueront une remarque dénonçant ces nouilles vraiment trop cuites ou cette mouche trouvée dans la salade, c’est scandaleux.

Le cahier de suggestion est sans doute LE défouloir moderne qui cristallise toutes les frustrations du monde de l’entreprise, un terrain d’expression libre et presque sans conséquence, l’occasion pour certain d’exister à travers une trace de leur engagement pour le bien être culinaire de la boite, un griffonage qui sera lu par d'autres sur la route de la badgeuse qui parfois approuveront d'un "elle a bien raison quand même, elles étaient dégueu ces nouilles".

Et il y a un type de l’entreprise de restauration dont la tache consiste chaque jour à lire chacune de ces remarques et à y apporter une réponse circonstanciée, expliquer que tout le monde n’aime pas les pâtes al dente, présenter ses excuses pour la mouche même s’il ne peux pas faire grand-chose contre une mouche dépressive qui décide de mettre fin à ses jours en s’engluant dans une goutte de vinaigrette…

Au moment d’aller protester par écrit contre l’orientation stratégique concernant la crème dessert et ce qu’il est convenu d’appeler la tragédie de la pomme noisette, je découvre avec horreur que le cahier de suggestion a lui été remplacé par de vulgaires fiches à glisser dans une urne rendant impossible la récréative lecture des commentaires de mes cothurnes de siège social.

Je me suis donc empressé de remplir trois fiches, une pour la Danette, une pour les pommes noisettes et une pour demander le retour du cahier de suggestion, le tout sous un nom d’emprunt car il paraît que certaines personnes passent leur temps à lire les commentaires des autres et à s’en moquer dans leur blog.

Par Nanaimo - Publié dans : Boulot
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