Je rentre des Amériques. A chaque fois que vais là bas, je
suis toujours frappé par cette obsession que semblent avoir les Américains que tout dans leur pays soit pratique.
Force est de reconnaître qu’ils ont un certain succès dans cette entreprise : aux Amériques on peut faire ses courses le dimanche ou bien au milieu de la nuit, ont peut déposer un chèque à
sa banque sans sortir de sa voiture, regarder la télé en faisant son jogging ou bien manger des wings tout en reluquant des filles aux formes généreuses, mises en valeur par un t-shirt trop petit
de deux tailles (voir illustration).
L’un de mes petits plaisirs quand je suis là bas et que je me trouve dans un avion consiste à me plonger dans la lecture du magazine Skymall. En gros il s’agit d’un catalogue de vente par
correspondance, que l’on trouve dans les avions de toutes les compagnies américaines, permettant de se procurer tout un tas d’objet étonnants qu’on ne peut trouver nulle part ailleurs. Ils ont en
commun de simplifier la vie ou d’être parfaitement inutiles.
Dans le numéro de l’été 2007 on trouvera par exemple :
Page 9 : un espèce de goupillon rotatif pour nettoyer les grilles de barbecue (30 dollars)
Page 10 : la baguette d’Harry Potter (référence nu 7055G - 29 dollars 50)
Page 27 : deux machines indispensables, l’une dans laquelle on met en vrac ses pièces de monnaie qui les compte le trie et les sépare (179 dollars quand même) et une autre qui compte les
billets (299 dollars)
Page 49 : un truc qui ressemble à un grille pain mais qui est en fait une machine à confectionner les hot-dogs qui comporte des emplacements calibrés adaptés au réchauffage des saucisses (49
dollars 95)
Page 61 : un support de gamelle pour chien qui permet à Médor de manger ses croquettes sans se baisser. "Il permet au chien de se nourrir à une hauteur optimale, minimisant les
gaz et améliorant la digestion. Ce système permet en outre de réduire les contraintes sur les os, les articulation et les muscles, ce qui est idéal pour les chiens avec de l’arthrose ou des
problèmes de hanche" (29 dollars 99 seulement)
Page 105 : un ustensile permettant de marquer au fer rouge ses initiales sur les steaks quand on
fait du barbecue (89 dollars 95, 99 dollars 95 avec sa boite cadeau).
Parfois je me demande si les américains ne sont pas allés un peu loin dans la société de consommation.
Mon
passeport et moi on vient de traverser l’océan Atlantique par deux fois.
C’est un passeport encore tout jeune, il n’a même pas quatre ans, mais il a vu du pays déjà.
Parfois quand je m’ennuie dans la file d’attente de l’immigration, je compte les coups de tampons apposées à travers la monde par des agent gouvernementaux assermentés plus ou moins zélés. Le
score du jour est donc USA twelve points, Japan eight points, Korea six points, China two points, Vietnam one point, Malaysia one point.
En Asie, on note une application dévouée et la recherche d’une certaine harmonie par l’alignement du cadre du tampon avec le bord
de la page. Aux Etats-Unis, en revanche, on tamponne le plus souvent la page centrale du passeport et celà avec une négligence absolue quant à l’orientation du timbre, sa position, ou le fait
qu’il puisse recouvrir une marque de tampon déjà existante, traduisant ainsi la pensée de l’agent des douanes et à travers lui celle de la nation américaine tout entière : "On tamponne
les passeports n’importe comment, on s’en fout,on est la première puissance mondiale, AH AH AH AH AH AH AH"
Mais au fait, quand on passe huit heures par jour à tamponner des passeports, qu’est ce qui peut bien conduire à éprouver la satisfaction du travail bien fait ? Arriver à déchirer en un
temps record la petite feuille verte ? Refuser l’entrée à un terroriste particulièrement recherché ?
Et puis si on fait bien son boulot, quelles sont les possibilités de promotion ? Est-ce qu’on peut devenir instructeur et enseigner alors aux jeunes recrues comment manier le tampon avec
élégance ou bien peut on accéder à une promotion interne et briguer le poste de "masterliner", l’agent chef qui a le pouvoir absolu d’ouvrir et de fermer les files, et de renvoyer en toute
impunité au bout de la queue tout voyageur qui aura pris l’initiative de changer de file sans qu’on lui en donne l’ordre ?
Je m'étais souvent rendu à Amsterdam pour
le travail, mais le plus souvent, d'Amsterdam, je n'avais vu que l'aéroport, des kilomètres d'autoroute, l'usine du client visité, à nouveau des kilomètres d'autoroute puis l'aéroport encore.
L'arrivée à l'aéroport d'Amsterdam, samedi matin avait donc un petit air de déjà vu, si ce n'est que pour une fois, l'avion n'était pas plein de businessmen usés à force d'allers et retours à
l'autre bout de l'Europe condensés en une journée trop longue.
Quand on arrive à Amsterdam, on se rend assez vite compte qu'ici on aime bien les couleurs agrumes et que du coup on a décidé de peindre les trains en jaune et les maillots des joueurs de foots
en orange.
Au début, il n'est pas très facile de s'orienter dans cette ville là : tous les canaux se ressemblent, et puis en général, au moment où on referme le plan, on ne se rappelle plus du nom de la rue
que l'on doit prendre (force est de constater que les consonances de cette langue ne nous évoquent rien : parfois, on se racle la gorge et un autochtone vous répond avec le sourire)
Au bout d'un moment, ça devient encore plus dur de s'orienter tellement le vapeurs de shit inhalées dans la rue émoussent les capacités d'orientation (qui en ce qui me concernent sont déjà assez
faibles).
Quand on visite une capitale européenne, on a toujours plein de stéréotypes en tête et parfois on est un peu déçu : à Amsterdam, il n'y a point de moulins et pas de champs de tulipes, tout le
monde ne sirote pas un verre de lait (erk) à la terrasse des cafés.
En revanche, il y a bien de l'herbe à tous les coins de rue, des filles à louer dans des vitrines éclairées au néon rouge, et le bruit des tramways qui fait qu'on a du mal à entendre les marins
qui chantent, dans le port, au loin.
A Tokyo dans le métro c’est un peu comme Châtelet les halles aux heures de pointes, même quand c'est pas l'heure de l'heure de pointe.
A Tokyo dans le métro vers 21 heures il y a comme des effluves d’alcool et plein de japonais qui dorment, on ne sait pas trop s’ils sont ivres morts, juste fatigués ou un peu les deux.
A Tokyo, au supermarché, on peut acheter des œufs à l’unité dans une jolie barquette .
A Tokyo, à l’hôtel, quand on zappe, il arrive qu’on tombe sur un film de fesses. En général c’est un gros japonais qui fait des guillis à une écolière en soquettes blanche qui couine, et dès qu’il pourrait y avoir quelque chose à voir, il y a une mosaïque. Il y a donc au Japon des infographistes qui sont payés pour rajouter des mosaïques sur tout ce qui a des poils, ce qui doit être un job passionnant.
A Tokyo dans le métro à 5 heures du matin, il y a les mêmes effluves d’alcool mais en plus fort, et des japonais qui dorment encore plus profondément.
A Shibuya, au lever du jour, certains finissent de cuver accroupis dans la rue avant de retourner bosser.
A Tokyo, on a toujours l’impression d’être un peu décalé et pas seulement parce qu’on prend son petit déjeuner à l’heure où Paris s’endort.
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