Lundi 30 octobre 2006
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Contrairement au chat qui s’en fout, l’être humain aime avoir son destin entre ses mains.
C’est une des raisons pour laquelle, certains développent une phobie des voyages en avion : quand on est passager d'un aéronef, on n’a plus de prise sur rien.
Ainsi, dès le décollage, le chef d’entreprise rougeaud transpirera à grosses gouttes en serrant son accoudoir alors que sur le fauteuil d’à coté le chat dormira sur ses deux oreilles peu après avoir lapé sa coupe de champagne et englouti délicatement sa tartine de saumon fumé comme les chats savent faire.
Dans la vie de tous les jours, on ressent toujours comme un malaise quand on perd le contrôle.
C’est le cas par exemple quand quelqu’un a pris avant vous possession de la télécommande de la télévision (c’est insupportable le zapping quand on a pas la télécommande) ou bien lorsque l’on se trouve au restaurant avec un groupe et que quelqu’un décide qu’au lieu de prendre chacun un plat qu’on aime on va plutôt commander plein de plats qu’on aime pas qu’on va tous partager, que ça sera vraiment plus sympa.
C’est aussi le cas chez le fromager quand après avoir choisi l’épaisseur de la tranche de gruyère suisse, on se rend compte qu’au dernier moment le commerçant (sans doute guidé par l’appât du gain) dévie la course du couteau et découpe une tranche beaucoup plus épaisse que celle initialement prévue. Cette technique est assez proche de celle des chauffeurs de taxi, qui pour vous épargner gentiment un effort de calcul mental, arrondissent copieusement leur dû lorsqu'ils vous rendent la monnaie, optimisant ainsi le montant de leur pourboire.
Parfois on réagit, on reprend le manche à balais de son existence d’un "Dites donc vous êtes gonflé vous".
Parfois la fatigue aidant, on ne réagit pas, on feint l’indifférence absolue du chat décrit plus haut, mais toujours avec un léger malaise.
Par Nanaimo
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Mercredi 25 octobre 2006
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17:37
Il est une tâche ménagère qui me rebute particulièrement, c’est la décongélation du compartiment à surgelés. C’est un processus long et terriblement ennuyeux. Le plus souvent on se dit qu’on fera ça plus tard, jusqu’au moment ou l’on passe le point de non retour, celui ou l’on ne peut plus refermer la porte du frigo tant la couche de glace est épaisse, celui où l’on découvre par hasard qu’un couple d’ours polaires a élu domicile entre les fondant au chocolat Picard et le bac à glaçons.
A ce moment précis, on n’a plus d’autre choix que de se lancer dans cette pénible aventure. En soi ce n’est pas un truc compliqué. La méthode simple consiste à débrancher la machine puis à regarder patiemment fondre la glace en se limant les ongles et vider l’eau de temps en temps en faisant attention de ne pas en mettre partout.
Mais voilà on a vite fait d’y passer beaucoup de temps, trop de temps. Alors la tendance naturelle de l’homme moderne, forcément pressé, est de chercher un raccourci temporel.
Les méthodes pour accélérer ce processus et gagner ainsi quelques précieuses heures ne manquent pas. Aucune n’est cependant tout à fait inoffensive. Il s’agit d’augmenter la température dans le ventre de la bête. On peut pour ce faire utiliser deux grandes techniques : celle du sèche cheveux (parait il déconseillée) ou bien celle du verre mesureur que l'on remplit d’eau bouillante avant d'en jeter rageusement le contenu contre les glaces (curieusement les formes conjuguées du compartiment à glace et du verre mesureur semble être calculées pour limiter l’efficacité de ce procédé).
Une fois l’intégrité du bloc de glace passablement entamée, au moment où celui-ci fait nettement moins le malin, le jeu consiste à dégager celui-ci de la partie métallique à grand coup de couteau à huîtres. C'est alors que l'on se met à détester cet ingénieur de chez Frigidaire qui à la fin des années vingt a eu l'idée de placer à cet endroit précis le tube métallique tortueux qui fait arriver le gaz frigorigène dans le but évident de rendre impossible le détachement du bloc de glace tant que tout n’est pas fondu.
Quand après quelques heures de lutte on est ressorti vainqueur de l’exercice, qu’on contemple avec fierté le compartiment métallique immaculé à peine embué d’un léger givre dû à la remise en route du compresseur, on se dit que la prochaine fois on attendra pas la dernière minute pour se livrer à cette corvée.
Et puis avant que l'on ait eu le temps de réaliser que quelques mois sont passés, on se rend compte qu’on arrive plus à fermer la porte du frigo, et on découvre avec surprise qu’un couple d’ours polaires a élu domicile entre les fondants au chocolat Picard et le bac à glaçons.
Par Nanaimo
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Dimanche 15 octobre 2006
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14:52
Je trouve toujours très amusant, lorsqu’on est au restaurant, le moment où l’on est invité à saisir le code secret de sa carte bleue sur cette étrange machine. D'abord ce concentré de technologie qui crépite, crache un ticket et prend des sous sur votre compte en banque est divertissant en soi, mais ce qui est irresistible, c'est le comportement du serveur (ou de la serveuse, c’est selon) qui détourne ostensiblement la tête pour vous convaincre qu’il ne vous épie pas dans ce moment critique. Le plus souvent ça rappelle une pub pour un shampoing des années 90.
J’aime ces moments où tout a coup on a l’impression de se retrouver au théâtre devant de mauvais comédiens qui surjouent leur scène, qui composent des numéros de téléphone interminables à toute allure, et cherchent du coin de l’œil ce petit bout de scotch phosphorescent leur indiquant l'endroit où doit se poser leur prochain pas, tout à l'heure entre deux scènes, quand la lumière se sera éteinte.
On observe aussi ce phénomène à l'occasion de quelques moments de bonheur "félicitations hein, vraiment un beau mari-a-ge", de quelques moments de tristesse "Toutes mes condoléances, hein, il était tellement jeune, c’est aaaaaffreux" et de queqlues moments tout court : "Ce costume vous va a raaaavir, vous ne voulez pas une petiiiiiiitte chemise pour aller avec ?".
Il ne faudrait pas grand-chose pour que l’on ait cette image du serveur, de la tante Agathe, de la voisine de pallier et de la vendeuse de chemises, se tenant par la main et saluant devant un beau rideau rouge, avant de nous préciser que les costumes sont de Donald Cardwell.
Par Nanaimo
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Samedi 30 septembre 2006
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10:47
Je n'ai jamais beaucoup aimé cette impression désagréable que l’on ressent à la première minute de l’existence d’un groupe dans lequel on se trouve. : cette table de mariage à laquelle on ne connaît personne, ce compartiment de train plein de gens dans lequel on vient de s’installer.
Au début il y a toujours un silence pesant, communément appelé silence d'ascenseur. Ce phénomène n'est par contre pas observé aux Etats-Unis. En effet dans une situation de ce type, tout citoyen Américain inconnu normalement constitué se met à hurler "Bonjour comment allez vous aujourd’hui ?" une demi seconde après que vos regards se soient accidentellement croisés.
Puisqu’on parle d’ascenseur, je me suis souvent demandé pourquoi la tendance naturelle, lorsque l’on rentre dans un ascenseur, consiste à s’installer dans un coin, puis quand il n’y a plus de coin disponible à égale distance de deux coins. Et pourquoi finalement quand il ne reste plus qu'un espace disponible au beau milieu de la cabine on se trouve saisi d’une espèce d’angoisse ?
Si l’on a récemment échoué sur une île déserte avec quelques compagnons d’infortune anonymes, il est difficile de soutenir ce silence encombré très longtemps. Le plus téméraire finira par briser la glace d’un "Ca fait longtemps que vous êtes-la ?" Ou bien "Vous venez souvent ici ?" ouvrant ainsi la porte à l’établissement de relations sociales au sein du groupe.
Ce qui est étonnant dans une assemblée quelle qu’elle soit c’est qu’on y retrouve toujours les mêmes profils.
Par exemple si l’on est en train de visiter un joli temple grec et que l'on croise fortuitement un groupe de joyeux vacanciers portant tous fièrement un beau sac fram rouge en bandoulière, il y a toujours de façon certaine dans cet attroupement gentiment bordélique : un meneur, un raleur, un fayot, un souffre douleur et un rigolo.
Lorsque j’ai la chance de pouvoir observer un regroupement comme celui là, mon jeu préféré consiste à essayer de retrouver chacun de ces personnages.
Mais je dois avouer que dans l’ascenseur c’est quand même assez difficile.
Par Nanaimo
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