Voyager
vers l’Ouest est facile, il suffit de suivre le soleil. A l’arrivée on ressent comme une petite fatigue, mais déjà il est l’heure de se coucher. On se réveillera le lendemain à l’aube avec
l’énergie que l’on aurait s’il était midi (d’ailleurs il est midi). Alors on en profite pour se promener fièrement dans une ville américaine, endormie.
Voyager vers l’Est est plus compliqué, plus douloureux. On ne franchit pas impunément les frontières de l’espace temps, on paye au retour cette énergie matinale surprenante.
Au retour des Amériques, on ne sait plus, si on a faim, si on a soif, si on a envie de dormir, de ne pas dormir. On est prisonnier d’un état second impossible à décrire. Parfois on est saisi
d’une fringale à une heure idiote, parfois on est habité de la plus profonde indifférence par rapport au fait qu’il pourrait être l’heure de manger.
Quand on rentre des Amériques on est incapable d’avoir une conversation cohérente.
Quand on rentre des Amériques, on est d’une maladresse absolue, une fois j’ai fait tomber une télé en m’en rendant à peine compte.
Quand on rentre des Amériques, tous les objets sont potentiellement dangereux.
Quand on rentre des Amériques, il faut compter scrupuleusement les moutons, et ne pas trop penser que les vacances sont finies.
Pendant des années Vancouver ne m’évoquait rien d'autre qu’une chanson de
Véronique Samson, une ville tellement lointaine qu’elle était inaccessible, presque la plus inaccessible des villes.
Et puis du temps que je vivais au Canada, il y a quelques années déjà, j’ai eu l’occasion de m’y rendre pour un congrès scientifique. Les congrès scientifiques de grandes impostures qui
permettent à des scientifiques de se retrouver assez régulièrement aux frais de la princesse dans des endroits le plus souvent plutôt très sympas pour échanger rapidement sur des problématiques
scientifiques de haute volée avant de se dépêcher d’aller boire des bières en ville. Aujourd’hui, je ne me rappelle d’ailleurs d’aucune des présentations auxquelles j’avais assisté à l’époque ni
même du thème global de ces conférences, par contre tout à l’heure j’ai très bien reconnu le restaurant où l’on avait été manger des chicken wings.
Aujourd’hui je redécouvre Vancouver. Vancouver fait partie de ces villes où l’on se sent bien tout de suite.
Vancouver est un peu comme un New York dans lequel on serait moins prisonnier.
Pour un peu, on poserait ses valises et on commencerait une vie ici.
Je me suis souvent demandé si les
chanteurs québécois utilisent leur vrai nom ou bien le camouflent derrière un pseudonyme.
Un rapide tour d’horizon chez Archambault permet de se rendre compte que l’on peut s’appeler Marie-Chantal Toupin ou Claudine Mercier et vendre quand même des
disques, ce qui serait difficilement imaginable en France.
De la même façon, se nommer Lucien Bouchard ou Céline Galipeau ne semble en rien être un frein au développement d’une carrière politique ou télévisuelle.
De deux choses l’une, soit la notion de pseudonyme n’existe pas ici, soit tous ces gens ont choisi leur nom de scène après avoir perdu un pari stupide.
Maintenant que c'est les vacances, il y aura peut-être
un peu moins souvent des billets ici.
Par contre du coup, comme c'est les vacances, on pourra trouverici un carnet de
voyageavec des morceauxde caribou dedans.
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