Je ne sais
pas pourquoi mais j’ai toujours eu besoin de posséder la musique.
Enfant je passais des heures à enregistrer le hit parade à la radio sur des cassettes. J’attendais parfois des journées entières la diffusion parfaite d’une chanson
sur laquelle j’avais jeté mon dévolu, celle qui ne serait pas amputée par un commentaire de l’animateur trop bavard ou une publicité pour le buffet campagnard gratuit des Galeries Barbès.
Aujourd’hui il m’arrive de ressentir le besoin de me procurer physiquement un album alors même que celui-ci se trouve déjà son mon ipod.
J’ai ainsi, au fil du temps, accumulé une collection assez impressionnante de CD :
Il y a les albums oubliés depuis des années après avoir été écoutés en boucle pendant des mois, que l’on redécouvre par hasard un soir.
Il y a les albums oubliés vraiment, ceux que l’on rachète parce qu’ils sont en promo à la fnac avant de découvrir avec dépit qu’on les possède déjà.
Il y a les albums inécoutables qu’on a acheté comme un caprice à cause d’une chanson.
Il y a les albums achetés au pif ou pour la pochette.
Il y a les albums qu’on a emprunté et qu’on a pas pensé à rendre.
Il y a les albums qui manquent, parce qu’on les a prêté et qu’on a pas pensé à vous les rendre.
Et puis il y a ces quelques albums parfaits, de la première à la dernière mesure, ceux que l’on peut écouter en boucle pendant des années sans jamais se lasser. Ceux que l’on choisirait pour vous
accompagner dans une île déserte, ou se faire enterrer avec si l’on était pharaon.
Parmi ces albums absolus, il y a Felt Mountain de Goldfrapp.
Jérémie Kisling est un chanteur suisse épatant que j’aime beaucoup, un garçon qui fait des chansons qui parfois donnent la chair de poule quand on en écoute les paroles.
Hier soir Jérémie Kisling était sur la scène du cinéma "Le village" à Neuilly et nous dans les fauteuils moelleux du même cinéma. Ce qui est bien pour un chanteur suisse dans le fait de se produire à Neuilly c’est qu’il n’est pas trop dépaysé :
A Neuilly hier soir, il n’y avait personne dans les rues.
A Neuilly hier soir, il n’y avait pas une crotte de chien à plus de 5 centimètres d’un arbre. Je pense qu'à Neuilly il y a des chiens policiers, qui dressent des PV aux chiens pas policiers qui posent des crottes dans les endroits non règlementaires.
A Neuilly hier soir, dans le cinéma il y avait des vieux beaux avec des veilles moches emperlousées qui s’étaient sans doute trompés de soir et qui pensaient assister à un diaporama débat organisé par le Lyon's club.
A Neuilly hier soir, il y eu ce truc magique qu’il y a parfois dans les concerts.
A Neuilly hier soir, après la musique, il y avait ce chanteur rieur, un peu timide, qui signait des affiches, des CD, qui parlait au gens.
Jérémie Kisling est un chanteur suisse épatant que j’aime beaucoup.
Jérémie Kisling - J'suis plus jaloux, j'm'en fous.
Hier soir Vincent Delerm était à la Cigale et moi aussi. Ce qui est rigolo dans un concert de Vincent Delerm c’est qu’il y a toujours comme une ambiance Télérama dans la salle. Pour un peu on s’attendrait à voir le petit bonhomme avec l’épi accoudé au bar.
J’aime bien Vincent Delerm, enfin sa musique car je ne connais pas le bonhomme, mais ça a l’air d’être un type bath, le genre de gars avec qui on aurait bien aimé être dans la même classe de quatrième B parce que lui aussi avait fait allemand latin pour être dans une bonne classe. On aurait aimé être pote avec lui parce qu’avec un père enseignant il aurait toujours eu des copies doubles Clairefontaine qu’on aurait pu lui emprunter en cas de contrôle surprise inopiné (comme c’est souvent le cas pour les contrôles surprise du reste).
Vincent a hérité de son père le génie de l’écriture des choses simples, dérisoires dont on se dit parfois qu'on aurait pu les écrire soi-même.
Quand on écoute Vincent Delerm en faisant des miettes de savane, on se dit que cette écriture est facile. Mais peut être que son talent, c’est précisément que ça ait l’air facile, parce que finalement il ne suffit pas de placer le mot Nesquick dans une chanson pour qu’elle soit belle.
Ce que j’aime bien chez Vincent Delerm c’est sa capacité qu’il a de faire le pitre quand il est sur scène. Ce qui, soit dit en passant, était déjà le cas en classe de quatrième B quand Madame Rivaud, professeur d’anglais peu respectée tournait le dos à la classe pour écrire des verbes irréguliers au tableau.
Hier soir, à la Cigale, il y avait Alain Souchon qui est apparu au premier rappel pour chanter la rumba avec lui. L'instant où l’on identifie les premières mesures de la Souchon chanson, celui où l’on reconnait cette voix unique qui s’approche en coulisse est pur moment de bonheur.
J’aime bien Alain Souchon, il possède le génie de l’écriture des choses simples, dérisoires dont on se dit qu’on aurait pu les écrire soi même.
J’ai l’impression de connaître cette chanson depuis toujours. Il y a dans une vie, je pense, une poignée de chansons comme celle ça dont on a l’impression qu’elles font partie de vous.
Cette chanson là, on peut l’oublier pendant dix ans (comme ça m’est arrivé) et la redécouvrir (dix ans après donc, diffusée à l’Olympia juste avant un concert d’Etienne Daho) avec autant de bonheur. Un peu comme ces vieux amis qu’on a perdu de vue depuis plusieurs années et dont le chemin recroise par hasard le votre avec souvent cette impression magique de s'être quittés la veille.
Peut être que Porque te vas est à la chanson ce que Le Petit Prince est au bouquin, un truc absolu, éternel.
De façon surprenante cette chanson ne me rappelle rien de particulier (les chansons de manière générale adorent vous rappeler des trucs) et en même temps elle me rappelle tout, c’est ma chanson.
Je n’ai jamais vraiment compris les paroles, mais ça n'a pas vraiment d'importance, il parait que c'est une chanson triste. Pour moi cette song est tout à la fois triste et joyeuse, obsolète et moderne, périmée et indémodable.
C’est peut être pour ça, pour son coté double et contradictoire, parallèle et opposé, incroyablement gémeaux, que j’aime bien cette chanson là.
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