Le plus souvent pendant une campagne électorale, le débat se cristalise autour d'une poignée de sujets. La dernière fois c'était l'insécurité, le chomâge, la retraite, cette fois ci c'est l'idéntité, le chômage, la retraite. Force est de constater que personne ne s'attaque aux vrais sujets de fond, aux fléaux qui pourrissent notre société.
Ainsi personne n'apporte de solution pour éradiquer les files d'attente interminables en début de mois pour acheter le coupon mensuel de la carte orange.
Personne ne propose de solution pour éviter d'être éclaboussé au passage du bus quand il beaucoup plu et que de l'eau s'est accumulée dans un caniveau trop concave.
Personne pour condamner et punir le port de la banane, du survêtement ou des tongs en ville, personne pour lancer une grande campagne pour lutter contre le port des lunettes de soleil de mouche. Personne pour mettre en place un permis de se laisser pousser le bouc qui serait réservé aux bruns, parce porter le bouc quand on est blond c'est quand même un crime.
Personne pour proposer le vote un texte de loi interdisant aux multinationales de l'agroalimentaire de nous obliger à manger des yaourts à la cerise quand on a envie du parfum des deux autres yaourts qui sont injustement conditionnés avec.
Personne pour envoyer en prison les sauvages qui empêchent la descente des honnètes gens des rames de la ligne 13 en restant mollement agglutinés devant la porte.
Personne pour lancer ce grand chantier de modernisation de la ligne 13 dont la France a besoin.
Bref personne pour emmener le débat d'idée là où il mériterait de s'élever.
J'ai parfois l'impression que la génération Casimir à laquelle j'appartiens, est une génération "pas de bol", faite d'individus nés un peu trop tôt ou un peu trop tard.
Bien sûr chaque époque a été marquée par des périodes plus ou moins faciles, plus ou moins heureuses : nos parents ou grands-parents ont connu la guerre, et ça ne devait pas être très rigolo, mais en même temps, après il y a eu cet espèce d'élan euphorique, ce sentiment que tout redevenait possible, qui fait qu'on se met à faire des bébés, plein de bébés qui ont le bon goût des années plus tard de financer les retraites.
Quelques années plus tard il y a eu la guerre froide, la peur de l'escalade, danser toute la nuit en attendant la bombe, mais bientôt le pouvoir des fleurs et puis le sexe facile et sans risque avec tout le monde, tout le temps... Certes notre enfance était insouciante : nous nous vautrions en pyjama sur le canapé familial devant les animaux du monde en dévorant des tablettes de chocolat Poulain, non sans prendre soin au préalable de détacher consciencieusment la vignette collectionnable du papier alu afin de la déposer solennellement dans l'album fourni à cet effet par la maison Poulain en échange de quelques timbres poste. Mais très vite, il nous a fallu affronter le sida, le chômage, les plans sociaux, la mondialisation, le 11 septembre, les 2be3, Lorie, Arlette Chabot et la ligne 13.
Avec toujours cette certitude que la période de la retraite, dont on ne sait pas trop si on l'atteindra vivant, à 70 ou 80 ans, ne sera pas simple à financer et nous conduira peut être à aller chercher un petit boulot chez MacDo.
Non vraiment comme le dit ma coiffeuse, ce qu'il nous faudrait c'est une bonne guerre.
Je ne parlerai donc pas des gens dans le métro vendredi dernier qui allaient bosser à la Défense avec leur grosses valises et leurs énormes sacs Galeries Lafayette dans lesquels se trouvait sans doute une trottinette pour le petit neveu de province.
Je ne parlerai pas non plus de ce collègue croisé au sortir de l’ascenseur précédé par deux rennes, les bras chargés de cadeaux (le collègue pas les rennes, c'est Noël mais essayez de suivre un peu quand même) à qui j’ai lancé un : "Oh merci fallait pas, un gros cadeau c’est trop sympa".
Comme je ne parlerai pas de noël, je ne dirai pas qu’il y a deux grandes catégories de gens : ceux qui adoooorent Noël, les cadeaux, la bonne bouffe, les étoiles dans les yeux des enfants au matin devant les cadeaux apparus dans la nuit, et ceux qui détestent Noël, ce trop plein de bouffe, courrir dans les magasins pour trouver des cadeaux pourris et ces saletés de mômes qui courrent au pied du sapin trop tôt le matin en faisant du bruit alors qu'on aimerait bien dormir un peu et cuver tranquillement son champagne.
Pour moi Noël est un truc un peu mitigé : quand on est petit, au début de la soirée de réveillon, Noël c'est rigolo, on joue avec les cousins, on s’empiffre de biscuits apéritifs, et puis très vite on est victime de remontrances ("mais arrête donc de te gaver de pistaches, tu n’auras plus faim pour la suite").
Et puis au bout d’un moment, alors qu’on est à peine arrivé au plat de résistance, on commence vraiment à trouver ce rassemblement interminable et à avoir des fourmis dans les jambes. Un peu plus tard, après une âpre négociation on obtient parfois l’autorisation de sortir de table pendant que la télé diffuse pour la douxième fois l’homme de Rio. Après on lutte fièrement contre le sommeil pour apercevoir ce gros bonhomme rouge qui amène les cadeaux, les yeux piquent de plus en plus et en général on s'écroule de fatigue avant même le générique de fin de l'homme de Rio.
Quelques années plus tard, on découvre que le Père Noël est un pur produit du capitalisme américain pensé par Coca Cola (l’histoire ne dit pas s’il contribue à doper les ventes de Coca Cola à Noël) et puis on se dit que ça saoule un peu cette fièvre de consommation.
On aime toujours beaucoup les loupiotes qui fleurissent partout dans les rues de Paris, les chansons de Noël de l’Amérique des années 50, mais malgré tout on a hâte que cette période se termine.
Pour un peu on aurait envie d’hiberner jusqu'à être réveillé au printemps par le bruit des jonquilles en train de pousser..
Dean Martin - Let it snow ! Let it snow ! Let it snow !
Il est des situations de la vie de tous les jours dont on aimerait avoir la capacité de s'extraire d'un clignement de paupière ou d'un frottage de nez façon ma sorcière bien aimée.
Comme par exemple lorsque l'on se retrouve dans une rame immobile et bondée de la ligne 13 quelquepart entre la Fourche et Place de Clichy et que le chauffeur vous annonce qu'il faut patienter un peu parce que la rame qui précède la votre a un problème de fermeture de porte et procède au déchargement de tous ses voyageurs. Voyageurs qui ne manqueront pas de tenter bientôt de prendre sauvagement d'assaut le wagon dans lequel vous vous tassez déjà.
C'est également le cas quand à la fin de ce pot amical qui rythme la vie de l'entreprise, tel collègue aviné vient vous confier ses déboires conjugaux en ne respectant pas cette distance minimale que l'on met normalement entre deux visages en train de se parler, vous permettant ainsi de profiter pleinement de son haleine de coyotte.
Les exemples de ces situations d'inconfort extrème dont on aimerait pouvoir s'évader comme par magie sont nombreux : ce dejeuner de famille qui n'en finit pas, cette réunion dont chacun se demande ce qu'il est venu y faire, ce TGV dans lequel il ne restait plus que des places en fumeur, cette pièce de théatre avant-gardiste, ou encore ce dîner dont vous saisissez à la première minute qu'il vous fera prendre la pleine mesure du sens du mot interminable.
Parfois, dans la vie moderne , on aurait envie d'échapper à ce rythme effrenné, d'appuyer sur le bouton pause.
Parfois, dans la vie moderne, on rêve de sécher ces réunions ennuyeuses, de sauter dans le premier avion vers les tropiques les plus proches et de n'avoir plus comme souci que de penser à prendre du pain pour nourir les poissons de toutes les couleurs qui vous accompagnent à chaque baignade.
Parfois on sent ce besoin de presser la touche Escape, comme on le fait sur un PC au bord de la surchauffe.
Seulement voila, le plus souvent, dans la vie c'est comme dans les montagnes russes : il ya un clong clong puis un long moment de silence, une grande descente, des virages dans tous les sens sur lesquels on a aucune prise, et à aucun moment la moindre touche escape.
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