Hier soir Etienne Daho avait décidé de jouer dans un théâtre et ça, c’était plutôt une bonne idée.
Alors que les zéniths sont des machines à spectacles qui accueillent avec la plus froide indifférence les productions millimétrées des plus grandes stars, les
théâtres expriment une excitation tout particulière les soirs où la projection dans une salle unique pour les habitants du quartier des films du moment cède, dès le milieu de l’après midi, la
place à la préparation de la salle pour accueillir le chanteur.
Tout l’après-midi on a sans doute briqué le théâtre, entassé des fly-case dans une ancienne remise dans laquelle on a été surpris de retrouver des vieux
paniers en osier de l’époque ou l’on passait à travers les rangées pour vendre des cônes et des chocolettis et puis, et c’est peut être le plus important, on a acheté des fleurs pour la loge du
chanteur.
A l’ouverture des portes c’est la Directrice elle-même avec ses habits du dimanche qui déchire fièrement les billets. Peut être a-t-elle eu la chance
d’assister avec ses filles à la balance de l’artiste tout en confectionnant des sandwiches jambon beurre pour la buvette.
Hier soir Etienne Daho avait décidé de ne pas accueillir de première partie et c’était plutôt une bonne idée. J’aime pas trop les premières parties, neuf fois
sur dix c’est une torture et ça sert à rien qu’a faire languir le public et vendre des bières à l’entracte.
Hier soir Etienne Daho avait dessiné une track-list parfaite, un assemblage sucré semblable à la bande originale de ma vie.
Et puis hier soir Etienne Daho a eu envie de chanter la baie, et ça c’était vraiment une bonne idée.
Je me suis souvent demandé
pourquoi dans les vieux films le chef de gare annonce toujours le départ imminent du train en lançant un amical "en voiture" aux passagers qui font leurs adieux sur le quai. Il me paraîtrait en
effet plus approprié d’employer une expression du type "en wagon" ou bien "en rame" s’il s’agit d’un train moderne.
De la même manière, je me suis souvent demandé d’où pouvait venir l’expression "en voiture Simone". Est il possible que les Simone se déplacent plus fréquemment en train que d’autres prénoms de
la même génération comme Gisèle ou Jocelyne ?
Il a dans le voyage en train une foule de petits plaisirs, parmi eux, découvrir qu’on a réservé une place dans le sens de la marche (je ne comprends pas que l’on soit à quelques années de pouvoir
envoyer des hommes sur mars et qu’il soit le plus souvent impossible de réserver avec certitude un place dans le sens de la marche), déloger ce sale type qui s’est assis dans le fauteuil que vous
aviez réservé en lui lançant un "je crois que vous êtes à ma place" plein de mépris, déambuler à travers tous les wagons, être un peu inquiet à l’idée ceux-ci puissent se détacher au
moment précis ou l’on se trouve entre deux voitures, passer sa tête en dehors de la vitre et s’étourdir du souffle du vent (encore plus chouette quand on est dans un virage et que l’on peut voir
tout le train devant soi), constater avec joie qu’on vient de passer le dernier arrêt avant Paris, et que personne ne viendra vous déloger de cette place que vous n’avez pas réservée mais dans
laquelle vous vous êtes assis quand même, se tuer les yeux en essayant de lire le panneau de la gare que l’on traverse à toute allure ou prendre un café à la voiture bar tout en doublant sans
effort les berlines les plus puissantes qui se trainent sur la voie de gauche des autoroutes.
Après on se retrouve dans un espèce de flot de valises sur le quai de la gare Montparnasse puis la première bouffée d’air en sortant de la gare semble nous faire découvrir que Paris est
pollué.
Plus tard on défera sa valise en se disant que c’est quand même chouette ce week-end de pouvoir profiter du climat de la Bretagne en restant a Paris.
Ce qui est étonnant en thalassothérapie c’est cette impression de dilatation du temps qui s’installe dès la première minute. C’est un peu comme si tout était ralenti, comme si tout mouvement
était entravé par une inertie contre laquelle il serait superflu de lutter.
Chaque matin, dans la grande salle du petit-déjeuner qui fait face à la mer, des peignoirs plutôt agés pillent le buffet de viennoiseries en lisant le figaro.
Un peu plus tard les mêmes peignoirs errent d’un pas hagard de soin en soin. On a soi-même l’impression que le moindre effort ne peut s’effectuer qu’avec la plus grande lenteur.
Parfois, on reconnaît un peignoir plus connu que les autres ayant fait les belles heures des émissions de Maritie et Gilbert Carpentier qui ne manque pas, entre deux bains d’algues, de
s’enthousiasmer de ce qu’elle sont jolies les filles de son pays laille laille laille laille.
Le plus souvent la journée s’écoule paisiblement de barbotage en tartinage, de mijotage en papouillage. Parfois pourtant, un soin plus violent que les autres (ici on dit tonique) dénote dans ce
programme ouaté. C’est par exemple le cas de la douche à jet pratiquée par Jocelyne*, hydrothérapeuthe sur le retour qui a sans doute eu son diplôme au rattrapage et qui prend un malin plaisir à
régler la pression de l’eau à un niveau suffisant pour permettre la découpe sans effort d'une plaque d’acier de vingt centimètres d’épaisseur. C’est le genre de moment où l’on sert les dents en
essayant d’oublier la possibilité de l’arrachement d’une couille à la force du jet d’eau, consécutif à l’agacement perceptible de Jocelyne* devant vos demandes répetées de diminuer un peu la
pression.
Le soir au bar du soleil, chacun attend avec une impatience mal dissumulée l’ouverture du restaurant en écoutant des reprises à l’accordéon de vielles chansons francaises. Puis tout le monde
déserte l’endroit aussitôt les portes du restaurant ouvertes par un maître d’hôtel au costume sans doute déjà utilisé pour un tournage de la croisière s’amuse.
C’est le moment précis qu’on choisit pour abandonner les peignoirs et partir en courant s’envoyer des mojitos en ville non sans rapidement constater que l’air marin, le sel, le vent ça fait tourner
un peu la tête quand même.
* Le prénom a été changé pour préserver l'anonymat de Chantal
Je n’ai jamais vraiment aimé le dimanche, quand on est enfant le dimanche il n’y a rien à faire, on s’ennuie et dès la fin de l’après midi on a la boule à l’estomac, celle qui
rappelle qu’on doit retourner à l’école le lendemain. Je souffre pour ma part toujours du syndrome de la boule du dimanche.
Le lundi est un jour funeste, il paraît que c’est le jour ou il y a le plus d’accidents du travail, le plus de suicides. Le lundi il convient d’éviter les réunions de rentrer la tête dans les
épaules en attendant que ça passe. On pourra cependant échanger quelques impressions sur le week-end avec ses collègues de bureau. On pourra par exemple dire "t’ain il a fait vachement beau" si
il a fait beau ou bien "t’ain quel temps de merdre ce week-end" s’il a fait moche. En résumé le lundi est un jour dangereux et sans intérêt.
Le mardi est un jour sans grande personnalité maintenant qu’on est grand par contre quand on était petit le mardi était un jour intéressant car on avait pas école le lendemain, du coup on pouvait
regarder le western à la télé le soir avec Eddie Mitchell.
Le mercredi est un jour gâché : je ne me suis jamais vraiment remis de devoir travailler le mercredi alors qu’il y aurait plein d’autres choses passionnantes à faire comme aller au zoo,
courir, sauter, jouer, et regarder des dessins animés à la télé tout l’après-midi.
Le jeudi est peut être mon jour préféré pour prendre des récups, une récup le jeudi est un vrai truc de fainéant, on glande le jeudi on revient au bureau le vendredi et hop c’est le week-end,
c’est un luxe absolu. Le jeudi est un jour que j’aime bien.
Le vendredi, il y a quelque chose d’électrique dans les bureaux qui doit ressembler à ce que l’on ressent dans les casernes quelques heures avant de partir en permission. Le vendredi les gens
sont détendus, les cravates sont rares ou dénouées. Vers 16 heures les bureaux se vident et les couloirs résonnent de "bon week-end" et de "donne moi ta main et prends la mienne la cloche a sonné
ça signifie, la rue est à nous que la joie vienne... ".
Le samedi est lui une accumulation de petits bonheurs : le réveil qui ne sonne pas, aller chercher des croissants chauds à la boulangerie, conserver la possibilité de se recoucher après le
petit déjeuner si on en a envie ou bousculer les mamies à caddies dans les allées du G20.
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