Il est
étonnant qu’une grande partie de l’espèce humaine ait fait le choix de se regrouper dans la densité exagérée de grandes villes modernes, alors qu’au fond de lui, l’homme déteste la promiscuité et
fait tout pour maximiser la distance qu’il met entre lui et ses congénères hormis dans quelques situation privilégiées sur lesquelles nous ne nous étendrons pas ici.
Quiconque voudra mesurer la force de cet instinct pourra se livrer aux expériences suivantes :
- venir s’installer à l’urinoir voisin du seul emplacement occupé dans une ligne de dix et observer la réaction de son voisin.
- se trouver dans un wagon de métro assez calme au moment ou celui-ci s’arrête à la station anvers et que 150 teenagers hollandais, massés sur le quai, décident de monter tous ensemble dans ce
wagon afin de ne pas se perdre.
- aller manger chez hippopotamus, commencer par demander gentiment à la dame de la table de derrière de s’avancer légèrement pour que l’on puisse reculer un peu sa chaise afin de disposer de
l’espace nécessaire pour s’asseoir, ensuite ne rien rater de la conversation de la table de droite et être capable d’attraper le sel se trouvant sur la table de gauche en tendant à peine le
bras.
Ce qui est amusant c’est que malgré tout lorsque l’être humain pénètre dans un restaurant et que celui-ci est désert il rebrousse le plus souvent chemin.
Placebo featuring David Bowie - Without you I'm nothing
Dans la hiérarchie des mensonges, tout en bas de l’échelle, il y a le mensonge éhonté.
Le mensonge éhonté se pratique dès le plus jeune âge.
Par exemple, enfant, il m’arrivait de faire brûler des bougies quand j’étais seul à la maison (j’ai depuis toujours une fascination totale pour le feu).
Seulement voilà, à l’époque, jouer avec le feu m'était interdit, aussi lorsque j’entendais mes parents rentrer, je me dépêchais de camoufler d’un souffle les flammes de ma désobéissance.
A chaque fois trahi par l’odeur caractéristique de la bougie étouffée en catastrophe, ma stratégie était toujours la même : je niais obstinément l’évidence : non je n’avais pas
fait brûler des bougies, et non je ne sentais rien de particulier.
Le mensonge éhonté peut également se pratiquer à l’âge adulte. Ainsi le dentiste vous prévient que ça va faire un peu mal et le chauffeur de taxi vous annonce que sa machine à
carte bleue ne marche pas.
Etienne Daho - De bien jolies flammes
PS : les lecteurs les plus attentifs auront noté que ce billet ne comporte pas à proprement parler de chute. En
fait j'en avais écrit une très chouette mais il se trouve que le papier sur lequel je l'avais notée a été mangé par la femme de ménage.
Il est étonnant de constater que l’humanité a traversé un certain nombre de périodes pendant
lesquelles on pouvait, à peu près impunément, trucider son prochain. Il y a eu le far west où l’on pouvait régler un petit différent à coût de 22 long rifle devant le saloon, mais aussi plus près
de nous la quasi certitude d’être acquitté d’un meurtre en plaidant le crime passionnel ou bien la pratique du duel.
L’autre jour alors que je me trouvais dans un train de banlieue exagérément bondé, je me demandais combien de meurtres on commettrait chaque jour dans une société qui ne punirait pas
l’homicide.
On commencerait sans doute par éliminer de la surface de la planète, ces voyageurs qui encombrent le wagon dans lequel on aimerait bien rentrer puis un peu plus tard ces autres voyageurs qui à la
station suivante semblent avoir pour projet de monter dans le wagon alors qu’on voit bien que c’est plein.
Le samedi, on abrégerait l’existence de ces petites vieilles qui avec leur caddie encombrent les rayons du G20 du marché des Batignolles alors qu’elles ont toute la
semaine pour faire leurs courses sans gêner les honnêtes gens.
Puis viendrait le tour de ce voisin trop bruyant ou trop moche ou bien de ce collègue de bureau râleur.
Très vite on se mettrait à tuer par intérêt, par exemple dans le but de prendre possession de cette chemise improbable sur le corps encore chaud de ce passant croisé dans la rue.
Parfois on tuerait par ennui ou bien juste pour vérifier que son 357 magnum ne s’est pas enrayé.
Au moment où je suis sorti de ce train de banlieue exagérément bondé, j’ai par mégarde piétiné le pied d’une grosse dame. C’est à ce moment précis que je me suis dit que je ne regrettais
finalement pas de vivre dans une société où le meurtre est puni d’une peine de prison pouvant aller jusqu'à 30 ans.
Depuis quelques mois, je prends le train pour aller bosser, un petit train qui a le bon goût de passer au cœur des Batignolles et pas très loin de l’endroit où je
travaille.
Ce qu’il y a de bien avec ce petit train, c’est qu’il y a toujours de la place pour s'asseoir, et qu’on peut y voir, l’hiver, de chouettes levers de soleil sur downtown la défense (on peut les
voir aussi l’été mais cela implique de se lever plus tôt).
Ce qu’il y a de moins bien avec ce petit train, c’est que l’heure de passage des rames se corrèle moyennement bien avec les horaires affichés, que certaines rames semblent se dématérialiser une à
deux minutes avant leur heure théorique d’entrée en gare et que quand il pleut, choisir d’attendre dans la zone abritée du quai conduit immanquablement à se retrouver dans un wagon bondé.
L’autre jour, le train qui est entré en gare était plongé dans l’obscurité.
J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’un train vide en route (en rail ?) pour le garage. Ce genre de train qui passe sans s'arréter. Celui qui vous met de mauvaise humeur, quand il est déjà trop
tard et qu'à cette heure ci, il ne restera plus chez le boulanger qu’un vieux pain de campagne tranché enfermé depuis le matin dans un sac plastique dans le but de parfaire son
ramollissement.
Comme ce train presque fantôme s’est finalement arrêté et qu’il y avait des gens dedans, je m’y suis installé dans la pénombre, mon pod vissé aux oreilles pour un petit moment de bonheur
absolu.
C'était comme l’autoroute la nuit, comme le cockpit d’un avion dans l'obscurité, comme un souvenir de train de nuit enfant.
Quand le train a fini par arriver à Pont Cardinet, Montmartre était rouge des reflets du soleil couché.
Derrière les fenêtres des immeubles Haussmaniens du boulevard Pereire, on devinait les enfants en pyjamas mangeant leur soupe.
Commentaires