J’ai toujours trouvé étrange cette pratique qui consiste , lorsque l’on est chanteur, à faire semblant de chanter sous prétexte que ça ne se voit pas.
On pourrait croire que ce procédé honteux n’est utilisé que par les chanteurs de variétés qui préfèrent passer du temps à se
droguer et à dîner à l’œil dans des restaurants à la mode plutôt que d’apprendre par cœur les paroles de leurs chansons.
Il n’en est rien.
Ainsi nombreux sont les plombiers qui font semblant de réparer une fuite afin que celle-ci empire et que vous
faisiez de nouveau appel à eux en les suppliant d’effectuer des travaux de réparation de grande envergure contribuant ainsi à la progression obscène de leur marge brute.
Plus proche de nous dans le monde du travail, nous connaissons tous des gens qui font semblantde travailler en prenant un air affairé alors qu’ils passent la journée à jouer au démineur à l'abri de leur écran 17 pouces.
S’il est temps de dénoncer ces pratiques odieuses qui noyautent l’économie entière et freinent la croissance mondiale, il faut
cependant reconnaître que la pratique du playback est quand même assez pratique lorsqu’on se trouve par hasard dans une église et qu’on ne connaît pas les paroles de chansons.
Je ne sais pas pourquoi depuis bientôt vingt ans, les établissements Carte Noire essaient de nous vendre du café à grand renfort de sensualité. Je veux bien qu’on tente de nous
déclencher des pulsions d’achat de Champagne, de parfum ou des capotes à coup de je t’allume d’un regard de braise, je te cherche, je t’attrape mais il me semble que
ce procédé est moyennement adapté pour faire progresser les ventes de café moulu (et je tiens à le dire, pas non plus celles des yaourts natures).
Pourtant depuis bientôt vingt ans, le scénario de cette pub qui nous est assénée en access prime time et aussi à chaque fois que l’on se rend au cinéma est le même : lui est beau comme un
Dieu, à demi nu, elle est en robe du soir, ils se font un petit café puis il s’approche d’elle, la renifle. Elle lui sourit, il dégrafe sa robe puis ils niquent férocement pendant que la caméra
détourne notre regard vers la tasse fumante lascivement abandonnée sur la table de nuit.
Je ne sais pas si cette pub fait vendre beaucoup de café, par contre ce que je sais, c’est que l’haleine de quelqu’un qui vient d’avaler un café n’a rien de sensuel.
Je suis souvent surpris au moment de Noël de la frénésie avec
laquelle les employées des Galeries Lafayette s’escriment à retirer le prix des articles avant de les emballer avec maladresse et sans enthousiasme dans de jolis paquets cadeaux.
Je me suis souvent demandé d’où venait cette coutume un peu dérisoire de faire disparaître à tout prix celui d’un objet que l’on s’apprête à offrir.
L’arrachage du coût d’un futur cadeau est dans l'esprit de chacun un truc imparable : bien malin celui qui arrivera à deviner l’ordre de grandeur du prix d’un cd ou d’un dvd une fois qu’on
en aura retiré l’étiquette blanche et verte.
Certaines personnes dérogent parfois à cette règle. Ainsi le mari offrant a sa femme une jolie bague lui glissera parfois un "tu vois ma chérie, elle m’a vraiment coûté la peau du cul ta
bague" et ne tardera pas à se prendre une gifle. Pourtant, si le même mari rapporte la même bague à la même femme et accompagne ce cadeau d’un "elle m’a vraiment pas coûté cher du tout
cette bague ma chérie, une vraie affaire" il se prendra également un baffe.
Notre culture judéo-chrétienne est ainsi : on ne dit pas le prix des choses qu’on offre. Pourtant à quelques milliers de kilomètres d'ici, au Japon, s'esbaudir devant un cadeau en s’émerveillant
de ce qu’il coûte sans doute beaucoup d’argent est un comportement poli. Ceci est d’autant plus étonnant que le plus souvent cette remarque est faite sans déballer le cadeau, car au japon il est
déplacé d’ouvrir son cadeau devant celui qui vous l’a offert.
Quand j’étais petit j’avais très peur de la fin du monde. J’avais entendu qu’il arriverait un jour ou le soleil s’éteindrait, rendant
impossible toute vie sur terre et qu’avant ça il deviendrait énorme et brûlerait tout sur terre, un peu comme le grille-pain le matin quand on a mal réglé le thermostat et qu’on a oublié une
tartine à l’intérieur pendant qu’on est parti prendre sa douche, mais en pire.
Plus tard, je découvrais la bombe atomique (enfin c’est pas moi qui ai découvert la bombe atomique mais disons qu’il y a un âge où, je ne sais plus trop comment, j’ai découvert son existence) et
sa capacité à nous faire basculer dans l’ère des insectes et je faisais parfois d'angoissants cauchemars de champignons.
Aujourd’hui je me demande surtout quel jour de la semaine ça va tomber la fin du monde ? Est-ce que ce sera un lundi alors que tout le monde sera de mauvaise humeur (comme souvent le lundi),
ou bien un mercredi alors que les enfants n’auront pas école, ou bien encore un samedi soir alors que la planète sera ivre morte (comme souvent le samedi soir) et trouvera jolis tous ces
champignons dans le ciel en vomissant son morito malibu sur le parking du macumba club.
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