Sur la route de l’aéroport ce matin j'ai vu des jonquilles presque en fleur sur le balcon. Depuis quelques semaines, elles sont persuadées que c’est le printemps. Insouciantes comme des paquerettes, elles sont loin de se douter que la semaine qui démarre sera polaire. Hier soir, j’ai coupé le son de la méteo de Catherine Laborde pour ne pas leur casser le moral.
A l’approche du terminal 1, le taxi se retrouve nez a nez avec un concorde empaillé. Plus loin quelques avions de compagnies exotiques : Air Vietnam, Air mauritius…L’avantage de ce terminal par rapport à l’autre (le terminal 2, celui qui est confortable, celui duquel partent les avions d’Air France aux quatre coins du globe, celui que j’aime bien) c’est que l’on sait au premier coup d’œil d’où viennent et où vont tous les avions.
Après une fois qu’on est dedans, le terminal 1, c’est tout rond, tout moche, tout bondé.
Le travail m'a souvent amené en Allemagne, ce qui quand on y pense me fait un point commun avec mon grand père sauf que moi je m'y suis à chaque fois rendu à peu près de mon plein grès.
Je dis à peu près car je n'ai jamais été tellement fan d'aller en Allemagne. D'abord en général l'Allemagne ça commence tôt le matin : il faut prendre l'avion de 7 heures, celui qui est plein à craquer et dans lequel les gens s'énervent.
Une grosse heure plus tard, on arrive à Dusseldorf, à Francfort ou ailleurs. On sort de l'aéroport, (en général il pleut) il y a des taxis jaune pâle partout. A chaque fois, on a l'impression de se retrouver prisonnier d'un épisode de Derrick en version originale, ce qui est encore pire que la version française car on y parle Allemand (Au passage je ne comprends pas que l'on ait pu inventer une langue pareille ou même que l'on puisse avoir envie de l'apprendre à ses enfants).
Après on passera beaucoup de temps en voiture (en général une mercedes trop puissante ) conduite trop vite par un collègue Allemand qui vous aidera immanquablement à chercher un truc dans la boite à gant tout en maintenant la vitesse de son bolide à 240 km/h.
Le plus souvent, la population germanique étant moyennement familière avec le concept de pause déjeuner, il faut négocier âprement l'engloutissage rapide de quelques patates à la sauce dans un restaurant d'autoroute dans lequel on pourra, au contact de la population locale, délecter ses tympans de l'écoute des sonorités magiques de cette langue tellement mélodieuse.
Plus tard encore, on reprendra l'avion dans l'autre sens, on constatera avec tristesse qu'il n'y a pas un seul journal francais à bord (nous sommes sur un vol Lufthansa), on se fera la reflexion que cette compagnie pourrait faire d'énormes économies de kérozène en prenant des hotesses plus maigres et en leur faisant s'épiler les jambes...
Pendant tout le vol, on se livrera à ce jeu idiot de remercier à tord et à travers les hotesses, amusé que l'on est de s'entendre systématiquement répondre bitte à peine à t'on fini de prononcer le mot danke.
J'aime bien le moment où l'on vient de s'installer dans un avion long courrier. On range ses petites affaires, on demande gentiment un second oreiller, on se cale dans le gros fauteuil, on construit sa niche pour les 6, 8, 10, 12 prochaines heures.
Un peu après, on vous propose un verre de champagne ou un jus d’orange (j’aime bien ce choix minimaliste tellement chic qui n’est quasiment proposé que dans les avions) ou bien si vous n'avez pas soif, juste un sourire.
C'est en général à ce moment là que retentit le même morceau, calme et rassurant, comme une amorce tranquille à un voyage ouaté gentiment subsonique à travers le temps et l’espace.
J’ai longtemps cherché ce morceau, avant de mettre la main dessus. A son écoute, même à la maison, il ne faudrait pas grand-chose pour imaginer qu'on ne va pas tarder à me proposer un verre de champagne ou de jus d’orange et me demander gentiment d’attacher ma ceinture pour me préparer à cette accélération toujours magique qui précède l'envol, magique lui aussi.
J’ai retrouvé ce billet atlantique de fin de vacances dans un coin de mon PC, un peu comme on retrouve par hasard du sable au fond d’un sac à dos alors que l’on est plus du tout en vacances, ou bien que l’on extrait un coquillage du fond d’une valise que l’on s’apprête à remplir pour un nouveau voyage.
Donc voilà, je publie ça maintenant, de la même façon que je déciderais de poser le coquillage sur l’étagère…
Au moment ou j’écris ce billet, Lacanau est gris comme un mois de septembre à Paris, avec la pluie et le vent. Tout ici sent la fin des vacances, la fin de la saison.
Les vacances en septembre ont ce petit quelque chose de profondément cyclothymique qui va de "waouh c’est génial, y fait beau y’a personne, on fait la queue nulle part" à " putain fait moche tout est fermé y’a que des vieux". On se sent toujours un peu coupable de partir en vacances en septembre, d’abandonner une machine à peine relancée à pleine puissance. Partez quatre semaines en août tout le monde trouve ça normal, partez deux semaines en septembre et vous passez pour le dernier des branleurs.
J’écris mollement ce billet face à un océan démonté. Démontés aussi les miradors des CRS en maillot de bain. Ils ont regagné leur garnison de Bar le Duc ou de Mons en Bareuil. La marque du maillot ne se devinera même pas derrière leur bouclier lors des manifs de rentrée. De même que la marée montante fait disparaître toute trace de château de sable sur la plage, Septembre gomme inexorablement les traces de maillot.
Dans la ville, les rares commerçants qui n’ont pas baissé le rideau semblent attendre avec impatience la fin de la saison pour de vrai. La dernière fois qu’ils ont fait un sourire à un client c’était aux alentours du quinze août. Depuis ils jouent les prolongations à contre cœur, ils attendent leurs vacances à eux, quand tout sera vraiment fermé. Après ils iront faire des tartiflettes à 30 euros dans la montagne, joueront un peu les prolongations à contre coeur passé pâques et puis ils reviendront en juin, on remontra les miradors des CRS en maillot. Eux aussi reviendront de Bar le Duc ou de Mons en Bareuil, ils n’auront pas encore la marque du maillot, car le port du maillot derrière le bouclier n’est pas règlementaire et puis qui aurait l’idée de se promener en maillot à bar le duc ?
Commentaires