Humeur

Jeudi 23 mars 2006 4 23 /03 /Mars /2006 20:00

Ce matin, en jetant un œil circulaire au wagon de métro de la ligne 1 dans lequel je me trouvais, j’ai eu comme une impression de déjà vu dans l’opus 2 de la guerre des étoiles (l’attaque des clones).

Dans les wagons de la ligne 1 tout le monde porte à peu près le même costume, écoute à peu près la même musique sur le même ipod. Tout le monde arbore le même air blasé, lit le même gratuit journal et moi aussi.

Pour être précis je crois que Paris compte deux armées : celle des lecteurs de "20 minutes" et celle des lecteurs de "métro".

D’habitude, je combat dans l’armada des "20 minutes" que je trouve plus agréable à lire mais voilà, ce matin je me suis accordé une nano grasse matinée (ce qui correspond a reculer de réveil d’une demi heure environ). Résultat, en arrivant à la station Villiers je me retrouve devant un présentoir de" 20 minutes" désespérément vide, dont la vision rappelle celle des champs africains après le passage des sauterelles tueuses.

Devant la pile de "métro" alternative, j’arrive rapidement à la conclusion que je n’aurai pas ce matin le choix de mon gratuit journal, situation analogue à se voir contraint de choisir le poisson pour repas transatlantique car on est au 50 C et qu’en général quand l’hôtesse arrive au 50 C il a bien longtemps qu’il n’y a plus de bœuf dans le chariot…

Je m’empare donc à contrecoeur d’un numéro de "métro" gisant sur le dessus de la pile (d’ordinaire j’aime mieux prendre un exemplaire en dessous de la pile, mais là j’étais un peu à la bourre).

Un fois embarqué dans la rame, mon ipod et moi entamons la lecture de cet inhabituel journal. On peut y apprendre à la page 16 qu’en se rendant sur le site www.keo.org, on peut envoyer un email qui sera embarqué dans un satellite lui même lancé dans l’espace en 2007. Ce satellite reviendra sur terre cinquante mille ans plus tard et delivrera ces messages aux gens de dans 50.000 ans.

Mais voilà, on ne sait pas trop ce qui se trouvera sur terre dans 50.000 ans car il n’est pas impossible qu’en 50.000 ans l’homme ait eu le temps d’avoir été assez fou pour s’anéantir dans une belle guerre thermonucléaire globale et céder ainsi la place à l’ère des insectes.

Et si un tel projet avait été lancé il y a cinquante mille ans ?

Alors probablement, ces email de Neandertal là nous raconteraient le Pléistocène supérieur , nous diraient qu’il y a du paléolithique supérieur dans l’air.

Ces bouteilles à la mer nous raconteraient peut être la disparition de l’Atlantide ou l’installation des premiers hommes dans les alpes.

Par contre le procédé a ses limites, car même si ces gens d’il y a 50.000 ans semblent déterminés à faire évoluer le langage au paléothique supérieur bien plus vite qu’au cours de deux millions d’années qui ont précédé, il est très probable que nous ne puissions comprendre un traître mot de ces emails à peine articulés.

Une chose est sure pourtant c’est que dans 50.000 comme dans 150 ans, on s’en souviendra plus, de ta première ride, de nos mauvais choix*.

C’est cette chanson sublime qu’entonne mon bleu pod au moment précis où s’ouvrent du coté inhabituel les portes de ma rame à la station esplanade de la défense indiquant qu’il est temps d’arrêter de rêvasser aux gens de dans 50.000 ans à ceux d'il y a 50.000 ans et d’apporter ma nano contribution à la hausse de l’indice CAC 40 du jour.

* Paroles et musique Raphaël Haroche

Par Nanaimo - Publié dans : Humeur
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Mardi 21 mars 2006 2 21 /03 /Mars /2006 00:00

J’ai parfois l’impression d’avoir un vie TGV.

La vie TGV est une vie qui va plus vite que vous.

Comme dans le train, on ne monte pas dans une vie TGV comme ça, il faut un billet valide et composté. Le ticket d’entrée est souvent un contrat à durée indéterminée avec une multinationale.

Dans une vie TGV on ne s’asseoit pas n’importe où et surtout on suit les rails.

Dans une vie TGV, tout va très vite, c’est rare qu’on ait bien le temps de s’apercevoir qu’un coquelicot a poussé au milieu du champ de colza qui vient de passer à 350 à l’heure. Il arrive qu’on regarde passer les vaches entre deux coups de fils, en se disant que décidément les vaches passent drôlement vite, enfin je crois que c’etait une vache…

Dans une vie TGV on ne s’arrête pas dans les petites gares non plus, d’ailleurs pour la plupart elles sont fermées depuis longtemps, pas assez rentable…Dans une vie TGV on prend plutot l’autoroute car ça fait gagner un peu de temps.

Bien sur c’est fantastique de pouvoir être à Lyon en deux heures, à Lille en une heure zéro quatre, à new york en huit ou neuf heures, ça depend de la force du vent (il est rassurant de penser que les éléments peuvent encore avoir de l’influence sur la vitesse de nos transports). C'est étonnant de pouvoir parler grâce à un truc grand comme un demi paquet de clopes à qui on veut à l’autre bout de la planète en rallant parce que ça grésille un peu.

Par contre des fois on aimerait bien revenir à cette vie d’avant, celle ou il fallait cinq heures pour faire Paris Lyon et que rien ne pouvait vous déranger pendant ces cinq heures là. Celle où pour aller au Japon on devait faire une escale à Anchorage. Celle où ne pouvait pas être joint partout et tout le temps sans forcément qu’il y ait une bonne raison pour ça. Celle où quand on était « à l’étranger » il fallait trouver des pièces pour téléphoner à la cabine. Cette vie dans laquelle les petites vieilles au bord de leur piscine en Floride n’avaient pas encore les clefs des multinationales et cette capacité à leur dicter 15 % de profitabilité par an.

Des fois on aurait presque envie de tirer le signal d’alarme de cette vie TGV, descendre, marcher le long de la voie et se rendre compte qu’un coquelicot a poussé au milieu du champ de colza.

Par Nanaimo - Publié dans : Humeur
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Dimanche 19 mars 2006 7 19 /03 /Mars /2006 20:22

L’autre jour à la pharmacie il y avait avant moi un vieux monsieur qui était en train de raconter à la pharmacienne à quel point il avait mal au dos, à quel point il n’arrivait pas à s’asseoir, a quel point il avait eu du mal à avoir un rendez vous avec le rhumatologue, parce que vous savez les rhumatologues ils ont un cabinet en ville et ils consultent aussi à l’hôpital, mais dans leur cabinet c’est plus cher hein mais à l’hôpital il faut attendre longtemps. Il était bien ce rhumatologue il m’a opéré en urgence, rapport que je pouvais plus marcher ni rien, et après l’opération ça me lançait comme c’était pas possible…

Au bout de dix minutes j’ai eu un peu comme de la compassion pour la pharmacienne, dont ça doit être le quotidien d’écouter le bulletin de santé version longue des petits vieux du quartier. Sans doute des fois, elle leur dirait bien qu’elle s’en tape de leurs bobos, de leurs glaires, de leurs vertiges, de leurs jambes qui les lancent tellement, mais bon il faut fidéliser le client pour optimiser le chiffre d'affaire et financer ainsi les prochaines vacances à Saint Barth. Donc elle pense à autre chose la pharmacienne, elle attend sagement que ça se passe en hochant de la tête, elle regarde les lèvres qui bougent mais en vrai elle est plus là, ce soir elle ne se rappellera plus rien de cette biopsie du poumon ou de cette réduction de fracture du col du fémur dont on est en train de lui raconter tous les détails.

Nous avons tous dans notre entourage des gens qui ont deux tares assez complémentaires : l’une de raconter des trucs dont tout le monde se branle et l’autre ne pas s’apercevoir que cela constitue une torture pour leurs interlocuteurs. Ces gens incapables de décoder ces signaux subtils que nous émettons quand l’ennui nous envahit : bâillements, regardage de montre, regard à droite à gauche, soupir, voire dans les cas extrêmes, limage d’ongle, écoutage de son ipod ou fuite en courant…

Je me rappelle un type il y a quelques années au boulot qui était spécialiste pour trouver des sujets de conversation qui m’indifféraient et ne pas s’en rendre compte.

Dialogue type de la période :

Lui : Vous vous intéressez au foot ?

Moi : Ah bah non alors pas du tout du tout

Un temps

Lui : Vraiment un beau match hier, et puis cette occasion à la vingt quatrième minute, de toute beauté etc etc etc …

Une fois, je crois bien avoir essayé de mettre un terme à la conversation en allant aux toilettes (en général ce genre de stratagème est assez efficace). Et bien non il m’a suivi aux toilettes pour finir notre conversation (enfin plutôt sa conversation à lui…).

Parfois, j’ai aussi de la compassion pour la pharmacienne de ce type.

Par Nanaimo - Publié dans : Humeur
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Lundi 13 mars 2006 1 13 /03 /Mars /2006 20:41

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il arrive qu’à la télévision, une marque, un logo échappent à la vigilance des assistants chargés d’éviter que ce genre de truc soit visible à l’antenne (CSA oblige). Dans ce cas, il semble exister deux grandes méthodes pour éviter que le téléspectateur ait l’impression qu’on lui vende frauduleusement quelque chose en dehors de plages réservées à cet usage (celles où son cerveau est disponible pour qu’on lui vende du coca cola).

La première technique, assez efficace, consiste à flouter le morceau de l’image derrière lequel se trouve le logo en question.

L’autre méthode, moins efficace à mon avis, consiste, elle, à inverser l’image. Bah oui pas con ça, gageons qu’il est impossible de reconnaître une marque si elle est inversée. Les études sont formelles, très peu de téléspectateurs disposent d’un miroir dans leur salon susceptible de remettre dans le bon sens ce logo à ce moment précis…

Ca me gène un peu moi quand c’est dans les infos. On prétend rendre compte fidèlement des événement qui se passent sur cette planète et pis on nous montre un type à gauche d’un vélo avec un t-shirt enonad sur le poumon droit alors qu’en fait en vrai, le type il est a droite du vélo et porte un logo Danone sur son cœur.

Et puis je suis convaincu que cela ne sert à rien et que le cerveau humain remet assez vite tout ça dans le bon sens. Sans compter le nombre de gens qui le lendemain appellent pour faire réparer leur télé.

Je me suis longtemps demandé pourquoi on utilisait plus souvent la seconde méthode (celle qui ne sert à rien) par rapport à la première (celle qui marche). Je suis arrivé à la conclusion que c’est une question de budget : pour flouter un logo Danone sur le t shirt d’un mec, il faut peut être payer un stagiaire pendant une demi journée alors que pour inverser l’image il suffit d’un clic et pendant le temps économisé le stagiaire peut faire des cafés.

Et puis comme au CSA il n’y a pas de stagiaire pour aller chercher un miroir pour redresser l'image du type en t-shirt, ça passe comme une lettre à la poste et tout le monde est content.

Par Nanaimo - Publié dans : Humeur
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