Il y a quelque chose d'un peu décadent à partir sous les tropiques au mois de mars, surtout quand ce voyage s'effectue par hasard en classe affaire.
La cabine affaire de cet Airbus 340 à destination de Saint-Martin est un petit monde fascinant. On y trouve notament deux quarantecinquenaires faisant dans le business de l'art, arborant fièrement chacun un top modèle russe de seconde division, fraichement ferré à la gold.
Mais le plus étonnant dans ce vol, c'est quand même ce stewart visiblement très fatigué contre qui un poisson rouge gagnerait facilement une partie de mémory.
Je lui avait signalé en début de vol que ma télécommande ne marchait pas, au bout d'un moment comme il ne semble pas prendre le problème à bras le corps, j'opère un rappel amical et lui signale de nouveau le manque de fonctionnement de cet ustentile, avant de m'entendre répondre : "Vous non plus ?, ah bah décidément on a pas de chance avec les télécommandes aujourd'hui, c'est comme le monsieur de derrière !"
Un peu plus tard, vers la fin du repas je lui demande un peu plus d'eau gazeuse (more sparkling water comme on dit ici) il revient dix minutes plus tard, constate que mon verre est vide et me demande alors si je souhaite plus d'eau, avant de m'interroger sur ma préférence entre l'eau plate et l'eau gazeuse et de revenir dix minutes plus tard me servir un verre d'eau plate.
D'un naturel joueur je veillerai à lui signaler que ma télécommande ne marche pas la prochaine fois qu'il viendra me proposer un verre d'eau gazeuse.
Les aéroports américains sont des écosystèmes fascinants.
Nous sommes jeudi soir, mon Pc et moi attendons sagement notre avion, assis sur une banquettre près de la porte A17 du terminal A de l'aéroport International de Philadelphie.
Nous contemplons le ballet des voiturettes électriques probablement évadées du golf le plus proche. Ces engins permettent à des américains trop gros, trop handicapés ou juste fainéants, de rejoindre leur porte d’embarquement en affichant un air supérieur. Pour la première fois je vois passer un modèle de voiturette estampillée d'un magnifique logo Police. Je pense que l’utilisation de ce moyen de transport par les forces de l’ordre aéroportuaire doit donner lieu à des courses poursuites tout-à-fait spectaculaires.
Sur les longs tapis roulants du terminal, des businessmen grassouillets en polo de golf pourri sont scotchés à leur portable dans l'attente d'un avion qui les ramènera chez eux : à Akron, à Colombus, à Greensboro ou à Raleigh.
Je m'interroge sur ce phénomène étrange qui existe ici, qui fait qu’aux alentours de l’âge de trente ans, les bogosses athlétiques genre pub pour slips de salope, se métamorphosent en businessmen grassouillets en polo de golf pourri.
A coté de moi, un type s’est installé et a sorti sa guitare, il gratte en silence, et au fond de moi je me dis que s’il avait décidé d’apprendre les cymbales plutôt que la guitare, l’atmosphère devant la porte A17 aurait été toute différente.
Quand on entre dans un avion d’une compagnie étrangère on a instantanément l’impression de se trouver déjà dans cet autre pays. Le même phénomène est observé quand on entre dans un avion d’Air France se trouvant au bout du monde.
C’est également le cas dans cet A330 d’US Airways dans lequel je viens de m’installer.
Ici déjà des hôtesses usées à qui le décalage horaire ne fait plus rien.
Ici déjà, des businessmen bedonnants qui parlent fort et qui portent des polos de golf pourris.
Ici déjà une pauvre tranche de saumon, à qui le décalage horaire ne fait plus rien.
Ici déjà des bonbons à la menthe senteur Harpic ou cannelle.
Ici déjà des annonces en phonétique et ce regard vide quand vous parlez français.
Ici déjà pas de sourire jamais, les hôtesses d’US Airways ont arrêté de sourire en 1984, le jour où on leur a annoncé qu’on avait décidé d’utiliser l’argent destiné à leur retraite pour acheter des pièces de rechange aux avions.
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