Je suis assez consterné par les gens qui continuent à raconter
des blagues de toto à l’age adulte.
Entendons nous bien j’adorais les blagues de toto quand j’étais en CM1 mais aujourd’hui j’ai du mal à les trouver désopilantes à la machine à café et même à d’autres endroits d’ailleurs.
Cela dit je me demande souvent qui est l’inventeur des blagues de toto. A l’évidence, il s’agit probablement d’un rédacteur de blagues carambar qui avait un fils particulièrement turbulent et qui
a voulu laisser une trace dans l’inconscient collectif des cours de récréation.
J’ai découvert un jour par hasard et à mon plus grand desespoir que ce concept existait aussi en Suisse : il a quelques années un vendeur suisse avait tenté, des centaines de kilomètres à travers
la suisse durant, de m’initier aux blagues de jean li et dorli (équivalent suisse allemand des blagues de toto) qu’il traduisait au fur et à mesure. Cette expérience encore douloureuse m’a fait
prendre conscience que ce genre d’humour perd énormément à la traduction et aussi qu’un voyage sur une autoroute suisse peut être interminable même s’il ne prend pas beaucoup de place sur une
carte routière.
Les travaux étant presque
finis, on a rebranché la vieille platine vinyle et ressorti nos collections de 45 tours. C’est vraiment chouette les 45 tours, ça craque, ça vit et il faut se lever du canapé toutes les 4 minutes
pour en changer alors qu’avec i-tunes, on peut rester assis sur la canapé 12,7 jours sans avoir besoin de se lever pour changer la musique.
Redécouvrir une collection de 45 tours, c’est aussi redécouvrir les faces B. Ca doit être un peu ingrat d’être une face B, la face B c’est pas vraiment le truc dont on avait envie au départ et ça
se trouve par hasard, un peu comme le court métrage avant le film au cinéma ou la mignonnette d’assouplissant attachée au baril de lessive.
De nos jours il y a de moins en moins de faces B : on va à l’essentiel, on consomme le plus rapidement possible ce que l’on a choisi, on télécharge avec précision le morceau convoité, il n’y a
plus de court métrage au cinéma, plus de mignonnette attachée aux barils de lessives.
Le monde moderne a donc décidé d’éradiquer les produits de face B avec cependant deux exceptions que sont la première partie dans les concert et les yaourts à la cerise imposés aux amateurs de
yaourts à la framboise qui ,s’ils venaient à disparaître, me manqueraient infiniment moins que les faces B des 45 tours.
L’être humain est une machine fascinante tout à la fois complexe et
fragile.
Je suis à chaque fois émerveillé de tous les phénomènes qui se mettent en branle dans le corps humain à partir du moment où on a truc qui nous gratte l’oreille pour aboutir en quelques fractions
de secondes à prendre la décision de se gratter l’oreille puis contracter les muscles qu’il faut dans l'ordre qu'il faut pour atteindre avec une précision diabolique et sans même y penser le lobe
irrité, tout en continuant de regarder le journal télévisé de David Pujadas.
Les phénomènes selon lesquels le corps humain se construit ou se régénère sont tout simplement fascinants et constituent selon moi une merveille d’horlogerie.
Tout aussi fascinante est l’absolue instabilité de tout cela : augmentez ou diminuez la température ambiante d’une petite vingtaine de degrés, et les gestes se font plus gauches, la pensée plus
lente. Augmentez la température ambiante d’une petite centaine de degrés et personne n’arrivera plus à se gratter l’oreille devant le journal télévisé de David Pujadas.
Le corps humain arrive le plus souvent à se maintenir dans un équilibre instable mais il arrive qu’un influx nerveux mal aiguillé, un chromosome farceur installe le désordre dans cette mécanique
et génère ici ou là un spasme incontrôlé dans le pied, une couleur de cheveux étrange, un cancer généralisé ou un comportement de tueur psychopathe.
Un dérèglement finalement assez anodin bien que très désagréable consiste pour certaines personnes à s’approcher exagérément de vous lorsqu’elles vous parlent.
Je n’ai pour ma part jamais su si ce comportement mystérieux était dû à une altération de la perception de la distance, à la nécessité de compenser une baisse d’audition passagère, à un problème
de vertèbres ou au sex-appeal débordant de l’interlocuteur.
Je ne sais pas par quel
mécanisme, mais il y a des restaurants qui, le dimanche midi, attirent les familles.
C’est le cas de la Gioconda, chouette restaurant italien qui donne sur le jardin des batignolles où l’on est certain, le dimanche midi, de trouver pèle mêle, des petits couples très amoureux, des
petits qui courent partout en attendant leur énorme coupe de glace avec des jolis parasols en papier de toutes les couleurs plantés dedans, des ados blasés qui donnent l’impression d’être en
train de préparer un plan d’évasion, des couples plus très amoureux qui n’ont rien à se dire, des mamies en famille qui sont prêtes à tout pour attraper l’addition avant leur gendre ou des mamies
entre copines qui se lèchent les babines quand on leur amène leur énorme coupe de glace avec les jolis parasols en papier de toutes les couleurs plantés dedans.
Le restaurant le dimanche midi, c’est comme une fenêtre sur la vie, comme un film des grandes étapes de la vie qui défilerait en accéléré.
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